DEMARCHE Texte d'Emmanuel Leriche, 2024.

Laurence Mellinger s'interroge sur la société et le rapport que l'on entretient avec les choses notamment la place que l'on accorde au naturel, la valeur de la nourriture ou l'importance de l'eau en dénonçant en filigrane une forme de négligence des nécessités écologiques.

Au croisement de l'écologie et du social, elle a développé au fil de son parcours, une pratique multiforme et malléable, en perpétuelle évolution, variant les formes et les techniques en fonction des contextes. Face à un avenir de plus en plus incertain qui creuse le fossé entre société et milieux naturels, la plasticienne engage sa créativité pour une réconciliation entre l'être humain et son environnement.
L'art est pour elle un moyen d'entrer en relation avec ce qui l'entoure. Ses réalisations sont animées par le même élan, la même nécessité d'aller au contact de la nature, du monde et de ses occupants (carnets de voyages, croquis). A travers des œuvres participatives (Don de plantes,1999) ;
Recyclage, plantations, don (2000) ; Et si il y avait (2010) ; Opening cube, (2015)), des interven-
tions dans l'espace public (Attention plantation ! (1999) ; Chantier enchanté (2007)) et des projets de médiation (Médiasons pour La Kunsthalle Mulhouse (2024)) qui remettent le social au cœur de la création, elle tisse des liens et crée du contact par la manipulation en dévoilant le pouvoir de transformation de chacun.
En prise avec les enjeux actuels de l'art contemporain et dans le sillage de l'art environnemental et de l'écoféminisme, elle cherche à nuancer voire abolir la grande séparation de la nature et de la culture afin de responsabiliser et d'éveiller une nouvelle conscience. Par la performance ou l'installation, l'artiste, en incarnant la figure féminine, se mêle au végétal et dénonce ainsi les op-
pressions et les violences faites à la fois aux femmes et à l'environnement (Escape (2001) ;
Natures/cultures, (2004) ; Territoires (2020)). La Terre se retrouve unie à ce qui la peuple et met en valeur la relation d'interdépendance qui les relie. A l'image de la graine qui se démène dans une forme de vulnérabilité extrême, parfois dans des milieux peu adaptés (Installation « e » (2001)), les végétaux mis en œuvre nous transmettent une certaine confiance, de l'espoir aussi, dans cette capa-
cité des choses à grandir et changer.
L'artiste pousse ses convictions au sein de sa vie personnelle en habitant elle-même un « écolieu »
et met ainsi en valeur les rapports étroits qui existent entre l'art et la vie, montrant à quel point l'un se nourrit de l'autre et vice-versa.
Dans l'ensemble de ses réalisations, elle prête attention aux détails, à la persistance fragile, à la douce résistance des choses. Elle affirme dans la nuance et nous indique que le vivant persiste même dans les endroits les plus inattendus. Elle appelle à l'action aussi fugace soit-elle, aussi déri-
soire semble-t-elle, à travers une pratique poétique (Glaces (2000) ; Ice Models (2001) ; Installation
« e » (2001) ; Chercher la source (2017)), politique (Unprotected area (2012)) et parfois humoris-
tique (Bons baisers de Mulhouse (2012)).

Emmanuel Leriche 2024 ___________________________________________________________________